

On a demandé un jour à un frère que je connaissais d’entreprendre une tournée d’évangélisation pendant quelques mois. Or, à cette époque-là, sa femme, à laquelle il était très attaché, souffrait d’une santé précaire. Un ami m’avait chargé de lui remettre une lettre de dernière minute ; arrivé aux abords de la maison mais sans qu’on puisse me voir encore, j’ai observé ce frère qui sortait, faisait quelques pas, s’arrêtait, et après quelques hésitations, faisait lentement marche arrière. Je n’ai pas attendu, mais sentant le conflit qui le minait, j’ai accédé au bateau par un autre chemin. Lorsque ce frère est arrivé, je lui ai remis la lettre en lui disant : « Que le Seigneur te bénisse », et il m’a répondu d’une façon qui laissait transparaître une certaine paix. Quelques mois plus tard, quand il est revenu de sa tournée, j’ai fait allusion à l’épisode dont j’avais été témoin. « Oui », a-t-il avoué, « au moment où je me tenais là, j’ai eu l’impression que je ne pouvais pas laisser ma femme et mes enfants sans aide et avec très peu d’argent ; or, tandis que je rebroussais chemin, un verset m’est revenu : 'Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu'. J’ai donc fait volte-face et suis descendu prendre le bateau. » Mettre la main à la charrue tout en essuyant ses larmes, telle est la vraie vie chrétienne.